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Voyage inter-religieux en Israël et Palestine

19 février 2003

Nous étions 5 plaisirois à participer, du 19 au 23 février, au voyage interreligieux organisé par le journal Témoignage Chrétien en Israël-Palestine en prolongement du manifeste « La paix, nom de Dieu » qui avait recueilli au printemps 2002 la signature de 13 000 personnes de tous les horizons sociaux, politiques, religieux… et donné lieu à de nombreuses lettres de solidarité d’autorités ou de leaders de tous ces horizons.

Après beaucoup d’inquiétude jusqu’au dernier moment sur la possibilité d’effectuer ce voyage

dans le climat de guerre annoncée du moment, nous avons pu prendre le départ et réaliser l’ensemble de notre programme qui, outre Jérusalem et la Galilée comportait une étape à Bethléem et Betjaïa encore sous couvre-feu la veille de notre passage.

Notre groupe, 200 personnes, étaient le groupe français le plus important à se rendre en Terre Sainte

depuis de longues années. Nous ne sommes pas passés inaperçus ni auprès des services israéliens du tourisme ni surtout auprès des palestiniens que nous avons rencontrés en Israël et dans les Territoires Occupés. Nous ne pouvons ici vous faire un compte-rendu de notre voyage, mais vous livrer quelques impressions fortes :- La chaleur des relations dans notre groupe où les chrétiens avec les quelques musulmans et juifs qui les accompagnaient ont vécu de vrais moments de fraternité chaleureuse.

- L’intérêt que nous ont manifesté des gens aussi divers que

André Chouraqui, traducteur de la Bible et du Coran, ancien maire adjoint de Jérusalem, Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem et observateur attentif depuis de longues années de tout ce qui se passe là-bas, le consul général de France à Jérusalem, le patriarche latin de Jérusalem : Michel Sabbah… et beaucoup d’autres pour qui une visite comme la nôtre répondait à une attente.
- Notre rencontre avec Emile Shoufani, curé grec catholique de Nazareth, infatigable promoteur de paix et de fraternité entre juifs et arabes et qui projette d’emmener en mai prochain 130 jeunes juifs et 130 jeunes arabes à Auschwitz… pour que chacun puisse mieux connaître l’histoire de l’autre.

- Le témoignage d’un universitaire juif qui nous a dit l’absence totale de confiance entre juifs et arabes, le climat de peur dans lequel vivent les juifs… qui l’amenait à considérer la construction du mur comme une bonne solution pour éviter le pire. On pourra, disait-il, le démolir plus tard comme le mur de Berlin ! A ce sentiment répond le profond sentiment d’injustice et de mépris dont se sentent victimes les palestiniens du fait des constantes vexations et de la brutalité de l’occupation qu’ils subissent. - Une célébration particulièrement émouvante au Mont des Béatitudes où nous avons prié tous ensemble, chrétiens, musulmans et juifs pour la paix.
- La visite à Yad Vashem et au Mont Herzl au mémorial des victimes de la shoah, aux arbres plantés à la mémoire des justes et à la tombe d’Ishak Rabin et de son épouse. - La détresse des habitants de Bethléem qui ont subi 135 journées de couvre-feu en 2002 et sont sans ressources dans leur grande majorité : 60% de chômeurs et 55% des enfants souffrant de malnutrition dans les territoires occupés.

- Le séminaire du patriarcat latin menacé de fermeture parce que les autorités israéliennes refusent depuis septembre 2002 d’accorder ou de renouveler les visas des 80 prêtres et séminaristes.
- Le monastère bénédictin d’Abu Gosh où les moines vivent fraternellement avec leurs voisins musulmans et accueillent régulièrement des groupes de jeunes militaire israéliens.
- Le village de Neve Shalom (l’oasis de la paix) où des familles juives et arabes ont choisi d’habiter ensemble et d’élever ensemble leurs enfants pour créer les conditions d’une vie de paix entre tous.

Que pouvons-nous faire ?

Nous étions porteurs d’une message du conseil pastoral de Plaisir qui demandait quelles initiatives nous pouvions prendre pour manifester notre solidarité. La paroisse de Bethléem à laquelle nous l’avons transmis nous cite l’exemple de familles italiennes qui ont pris un engagement de jumelage avec des familles palestiniennes. Nous pouvons réfléchir à quelque chose de semblable.
Nous pouvons aussi apporter un soutien financier à Emile Shoufani pour le voyage qu’il organise à Auschwitz.

Hélène et Patrick Gérault, Gaby et Fred Lucas, Colette Tourneur


Approfondissement
But du voyage

Comme l’écrit Michel Cool dans TC du 20 février, ce voyage a été « notre façon d’acter l’esprit des deux rencontres pour la paix qui se sont tenues en 1986 et en 2002 à Assise. Ce pèlerinage, accompli en frères et sœurs d’une folle Espérance proclamée sur cette terre il y a des milliers d’années a aussi une vocation politique… : offrir, par notre simple présence, une médiation à celles et à ceux qui, de chaque côté, risquent l’incompréhension, la haine et leur vie, pour sauver le fil ténu du dialogue. Shalom, salam,paix à tous et à chacun ! »

Quelques moments forts du voyage:

Il faut tout d’abord souligner l’atmosphère chaleureuse du groupe où les sensibilités différentes se sont toujours exprimées dans la sérénité et où les relations entre les personnes étaient profondément amicales et fraternelles.
Des juifs et des palestiniens que nous avons rencontrés nous n’avons entendu aucune parole de haine ou de vengeance. Ils nous ont dit la confiance impossible, les vexations et le mépris subis au quotidien, les discriminations et les injustices, le sentiment d’abandon… Tout le monde souffre, mais les palestiniens bien davantage que les juifs, les arabes des territoires bien plus que ceux qui vivent en Israël... Tous souffrent d’une situation économique difficile, mais qui atteint des sommets dans les territoires occupés : 60% de chômeurs, 55% des enfants souffrant de malnutrition.

Le père Emile Shouffani, curé grec catholique de Nazareth, dirige un collège jumelé avec un collège juif de Jérusalem. Malgré l’intifada, 350 élèves arabes et 350 élèves juifs de ces établissements continuent de se rencontrer trois fois par an, reçus dans les familles les uns des autres. Au moi de mai il doit emmener à Auschwitz 130 arabes et 130 juifs avec pour objectif d’apprendre à s’écouter sur les souffrances les uns des autres. Il part de la constatation qu’au Moyen-Orient il n’est pas possible de se parler si on ne connaît pas l’histoire les uns des autres.
Emile Shouffani nous a dit aussi que tous les accords conclus avant octobre 2000 sont désormais récusés par l’opinion israélienne ; cette opinion est en masse derrière Sharon qui n’a aucun projet politique. Pour lui l’histoire et la mémoire juive doivent faire réfléchir l’opinion publique et lui faire prendre conscience de la nécessité d’un dialogue qui passe par la reconnaissance de deux états et le partage de la souffrance palestinienne et israélienne. C’est la seule voie pour espérer sortir un jour du cercle infernal du terrorisme.

Claude Klein, un universitaire juif vivant depuis quelques 25 ans à Jérusalem est venu à notre rencontre dans le secteur chrétien de la vieille ville où nous étions, à quelques pas de la Porte Neuve. C’était la première fois qu’il mettait les pieds dans un quartier arabe de la vieille ville depuis 10 ans. Il nous a dit que sa femme qui l’accompagnait était plus qu’inquiète et qu’ils avaient choisi d’emprunter un taxi plutôt que de prendre leur voiture. Tout cela pour signifier l’état d’inquiétude dans lequel vivent les juifs à Jérusalem et le manque quasi total de confiance entre les communautés. Même comportement du jeune fils du rabbin Philippe Haddad, étudiant à Jérusalem, qui dit à son père : pas question que je vienne dîner avec toi dans la vieille ville, viens toi me voir !
Parmi les faits sur lesquels Claude Klein a attiré notre attention, l’importance de l’armée israélienne : plus nombreuse que l’armée française pour une population de 6,5 M d’habitants avec plus d’avions et de chars de combat ! Il nous a dit l’angoisse des juifs de devenir minoritaires dans l’état même d’Israël ; ils ne se sentent pas assurés de leur survie sur une terre qu’ils estiment leur revenir en toute légitimité… alors que les palestiniens, membres d’une immense « nation » arabe n’ont, de leur point de vue, pas à craindre pour leur survie. La paix, pour lui ne se construira que pas à pas, d’où l’intérêt du mur qui permet dans un premier temps d’éviter les contacts conflictuels… et que l’on pourra détruire plus tard comme celui de Berlin. Il doute que le retrait des territoires puisse garantir la paix.
Un autre aspect intéressant de l’intervention de Claude Klein : cette observation, selon lui, que les arabes israéliens qui se font une place dans la société ont tendance paradoxalement à se revendiquer de plus en plus comme israéliens tout en s’affirmant de plus en plus comme palestiniens dans leurs prises de position politiques.

Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, averti bien entendu de notre voyage, nous a fait une visite surprise et nous a en particulier fait part des difficultés qu’avaient les journalistes à faire leur travail d’information du fait du comportement de l’armée à leur égard. Une campagne se développe actuellement en Israël contre les journalistes occidentaux à qui il est reproché de trop mettre l’accent sur ce qui se passe dans les territoires occupés. Il note en plus que les pays arabes sont divisés, que la droite israélienne attend avec impatience la guerre en Irak, que l’opinion israélienne pense que la France est antisémite.

Au séminaire du patriarcat latin à Betjaïa, le père Maroun Lahham, supérieur, nous a exposé la situation dramatique dans laquelle ils se trouvaient. Le séminaire reçoit 60 jeunes au petit séminaire et 22 au grand séminaire. Ils viennent de tous les pays sur lesquels le patriarcat a juridiction : Israël, les territoires palestiniens occupés, la Jordanie pour la majorité d’entre eux et Chypre. Or, depuis mai 2002 le gouvernement israélien refuse d’accorder des visas aux jordaniens ou de renouveler les visas en cours. Cela concerne aussi les prêtres. La cause est politique pour qu’il y ait le moins possible de prêtres arabes. C’est un choc lorsque l’on sait que le clergé est arabe à 95%. La situation faite aux religieux franciscains est la même. Le nonce a une liste de 80 noms de religieux chrétiens arabes dont les visas ne sont pas renouvelés. Personne n’obtient de réponse des autorités israéliennes, ni le Vatican ni les autres ambassades. Le père Maroun cite cette réflexion d’un jésuite, enseignant au séminaire : « Israël est considéré comme l’enfant gâté de l’occident… or, Israël n’est plus un enfant et doit se conduire en adulte. » Il ajoute : je sais que l’Amérique ne pourra rien faire, mais l’Europe oui.
Le père Maroun nous a aussi dit que, comme dans tout conflit, ce sont les pauvres qui souffrent le plus : chômage, malnutrition des enfants…

André Chouraqui a insisté pour venir à notre rencontre, il a été accueilli chaleureusement par le chant de Evenou Shalom Alerem (que la paix soit sur vous) qu’il était heureux de reprendre avec nous. C’est un homme vieilli qui a perdu beaucoup de son énergie mais qui affirme toujours avec la même conviction qu’il faut cesser d’accepter les interprétations mensongères des textes de Moïse, de Jésus et de Mohamed qui sont des textes de paix…

En Galilée, nous avons visité la synagogue de Capharnaum et la maison de Pierre, la maison de la guérison du paralytique… Puis nous sommes allés au Mont des Béatitudes où nous avons vécu sans doute le moment le plus intense de notre voyage. Nous sommes venus par groupe déposer des intentions de prière que nous avions été invités à formuler par écrit et recevoir un rameau d’olivier. Entre les déplacements de chacun de nos groupes, notre réflexion ou notre prière était alimentée par les méditations de chacun de nos « témoins ». Cette cérémonie a représenté le point culminant du voyage et sans doute un concentré de toutes les émotions éprouvées.

Au mont Hertzl, nous sommes allés nous recueillir sur la tombe d’Ishak Rabin et y déposer une pierre suivant la tradition juive. Nous sommes allés ensuite allés nous recueillir au mémorial de la Shoah à Yad Vashem et particulièrement au mémorial élevé à la mémoire des 1,5 millions d’enfants. Puis nous nous sommes recueillis au pied de l’arbre planté à la mémoire du père Chaillet, fondateur de Témoignage Chrétien en 1941.

En fin de voyage, nous avons participé à la messe au monastère bénédictin d’Abu Gosh à l’ouest de Jérusalem. C’est un lieu d’accueil et de rencontre dans un environnement arabe et musulman. De jeunes soldats israéliens y viennent régulièrement en groupes rencontrer le frère Olivier. A la messe, catholique, ont tenu à assister tous les membres du voyage : notre moine orthodoxe, les musulmans et les juifs…

Retour sur quelques temps forts:

La méditation au mur occidental du rabbin Philippe Haddad ému aux larmes.
La visite à la tombe d’Ishak Rabin au mont Herzl
La visite de Yad Vashem et du mémorial des enfants de la shoah
Les larmes de cette juive de notre groupe à Bethléem disant au père Delalande qui venait de raconter le siège de la basilique l’an dernier : « je ne savais pas que mon peuple était coupable de telles atrocités »
Les méditations et réflexions de Ghaleb Benscheikh, le musulman, et de Philippe Haddad, le juif :
- Philippe Haddad : Si l’israélien dit au palestinien « tu es palestinien », tu portes un nom, tu portes une culture , tu portes une foi, c’est le début de la reconnaissance. Les rescapés de la shoah se souviennent que, pour déshumaniser un homme, il suffit de lui placer un numéro sur le bras. C’est la première forme du meurtre : supprimer le nom de l’autre.
- Ghaleb Bencheikh : Si j’avais devant moi maintenant les responsables du Hamas, je leur dirais : votre résistance est légitime mais les moyens que vous utilisez sont inacceptables et relèvent du scandale moral. Le verset 29 de la sourate 4 dit : » ne vous tuez pas par désespoir. »
La prière de Faiçal Husseini, leader palestinien mort en 2001, lue par un jeune couple musulman et dont les accents évoquaient très fort la prière de Saint François « Seigneur fais de moi un instrument de paix »
La messe du dernier jour au monastère d’Abou Gosh à laquelle les membres non catholiques et non chrétiens ont tenu à être présents avec ferveur ainsi que le consul général de France à Jérusalem.

Que pouvons-nous faire ?

Nous avons remis à la paroisse catholique de Bethléem le message des catholiques de Plaisir et nous avons déjà une réponse par l’intermédiaire du père Delalande, franciscain de Jérusalem. Il suggère par exemple des jumelages de familles françaises avec des familles palestiniennes pour un engagement à leur fournir une aide financière régulière pendant une durée à fixer.

Le père Shouffani n’a pas, dans la présentation de son projet d’emmener à Auschwitz 130 arabes et 130 juifs, parlé de financement. Quelqu’un, dans la salle, lui a demandé : qui va payer ce voyage ? A quoi il a répondu : ceux qui le voudront bien, pourquoi pas vous ?

Message des paroissiens de Plaisir remis à Bethléem

"Depuis la France, nous avons honte de notre impuissance. Nous sommes à côté
de vous, comme on peut l'être devant une personne très malade. Nous sommes
attentifs aux espoirs, nous communions aux souffrances, mais sommes sans
pouvoir.
Sachez que nous sommes tendus vers tout geste qui pourraient vous aider et
que notre prière pour vous est fervente et permanente."


Réponse du père Delalande

Copie d’une lettre manuscrite

CONVENTO DE TERRA SANTA le 24 février 2003

Monsieur,

Vendredi dernier 21, à la sortie de la rencontre des 200 membres de votre groupe interconfessionnel, au séminaire de Beit-Jala, vous m’avez remis le « Message des chrétiens de Plaisir ».
J’ai fait lire ce message au père curé de Bethléem et je lui ai demandé quels « gestes » pouvant aider les bethléemites il pourrait vous suggérer.
Il m’a fait lire un document italien « Jumelage à distance » qui a mis en action la contribution de multiples familles italiennes. Je viens de traduire en langue française cette page.
Je vous l’envoie comme une suggestion, une hypothèse de réponse à la question des chrétiens de Plaisir. Vous en ferez l’adaptation souhaitable, par exemple en remplaçant l’expression « nom de famille » par l’expression « un groupe de chrétiens de Plaisir »
J’y joins une présentation de la paroisse catholique latine de Bethléem.
Je l'ai rédigée le mois dernier au nom du père curé qui ne connaît pas la langue française, pour une paroisse du diocèse de Paris qui en avait fait la demande.
Je vous suis profondément reconnaissant d’avoir été le porte-parole des chrétiens de Plaisir et de vouloir aider les bethléemites par la prière au Seigneur et par des gestes concrets.

Paix en Dieu

Frère Vianney Delalande, ofm

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