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"Vivre avec une personne handicapée"

1 avril 2004

Ciné-débat proposé par le doyenné le jeudi 1er avril 2004 au cinéma Henri Langlois.

Jong-du, un jeune récidiviste un peu simple d'esprit sort de prison et rencontre Gong-ju,une jeune fille lourdement handicapée dont il tombe amoureux.

Ces deux êtres vont finir par trouver un chemin de reconnaissance et d'amour malgré la réprobation quasi-générale.

Rien d'impossible à cet amour-là ... Et c'est vrai, qu'au délà de la dureté de certaines scènes et de la réalité difficile que le film traduit, c'est une histoire d'amour magnifique : la rencontre de deux personnes différentes, que cet amour va transformer. Elle existera enfin comme une personne à part entière, une femme aux yeux de quelqu'un et lui deviendra celui sur qui elle peut compter.

Plus de 150 spectateurs assistaient à la projection de ce film magnifique, poétique mais parfois très dur, dans lequel bien des facettes de la vie avec une personne handicapée sont abordées : le regard de la famille et des autres, la place dans la société civile, le droit à l'amour et à la sexualité des personnes handicapées, l'écoute et l'attention portées à leurs besoins et à leurs désirs.

C'est ce dont il a ensuite été question lors du débat, chacun pouvait réagir ou poser une question aux cinq personnes invitées par le doyenné :

♦ Mme Michèle Valladon, maire de Villepreux, conseillère régionale chargée des personnes handicapées et mère de Brice, jeune adulte handicapé mental

♦ Mme Chassagnou, directrice du foyer Camille Claudel de Villepreux, pour les adultes handicapés mentaux

♦ Mr et Mme Rohrbacher, parents d'Olivier, adulte trisomique, actuellement au foyer camille Claudel de Villepreux

♦ Mr Eddy Rabbé, directeur de l'IME René Fontaine aux Clayes, qui accueille des enfants handicapés mentaux de 12 à 20 ans.

Bien que n'étant pas a priori réservé au handicap mental, ce débat a été plutôt centré sur ce sujet.

Il y eut des questions techniques concernant le handicap : la difficulté à adapter les villes aux personnes handicapées en France : trottoirs impratiquables en fauteuil, passages piétons impossibles à gérer pour les personnes aveugles, lieux publics pas toujours aux normes, manque de structures d'accueil pour les handicapés ... Mme Valladon, dont ces questions relèvent de la charge a expliqué que les mentalités étaient bien difficiles à changer en France. Bien que sensibilisée à ce problème et très active dans ce domaine, elle se heurte fréquemment à l'incompréhension des personnes concernées. Concernant l'aménagement des trottoirs, par exemple, les responsables de la voirie sont bien souvent plus préoccupés par les problèmes d'écoulement des eaux que par la difficulté à franchir un trottoir élevé quand on est en fauteuil. Et c'est un travail de plusieurs années et de vigilance permanente pour les amener à un autre point de vue. Quant aux structures d'accueil des personnes handicapées, la difficulté de leur mise en place vient de la complexité de leur financement : les bâtiments peuvent être financés par la région, mais c'est le département qui finance le fonctionnement, etc. Alors qu'il ne faudrait que 4 à 6 ans entre la décision de créer un centre et sa réalisation, il s'écoule parfois plus de 10 ans.

Il y eut aussi des témoignages émouvants et parfois cocasses de parents d'enfants handicapés : la joie qu'ils apportent malgré leur différence, la force qu'ils donnent à leur famille et leur grande capacité d'amour ("Les trisomiques ont un chromosome en plus : c'est celui du coeur !" ), la difficulté que représente leur prise d'autonomie et leur construction vers l'âge adulte. Et au-delà de la loi et de ce que toutes les structures peuvent apporter, ce dont on besoin ses enfants c'est d'amour et d'attention. Il semble qu'aujourd'hui, petit à petit, les enanst handicapés soient mieux acceptés.

L'autonomie des personnes handicapées mentales, le respect de leurs droits, l'écoute de la personne, leur avenir en dehors de leur famille, c'est évidemment ce qui les préoccupe et qui préoccupe leurs parents. C'est ce qui est travaillé dans les IME, les CAT et dans les foyers : apprendre un travail, apprendre à prendre les transports en commun, à se repérer dans la ville. L'autonomie qui leur est donnée, ne l'est évidemment qu'en fonction de leurs capaciéts respectives et au foyer Camille Claudel, tous ceux qui l'ont acquise sont libres de se déplacer comme ils l'entendent, pouvu que le foyer sache toujours où ils vont et à quelle heure ils rentrent. A Villepreux, leur intégration est si réussie, qu'aujourd'hui, ils passent inaperçus dans la ville et participent même avec un certain bonheur à la gestion de la commune.
La nouvelle loi en discussion actuellement à l'Assemblée Nationale, pour rénover la loi de 1975 qui régissait jusqu'à aujourd'hui la vie des personnes handicapées, va vers encore plus de reconnaissance des droits de ces personnes. Ainsi, par exemple, le droit de vote leur sera accordé qu'elles soient sous tutelle ou non, ce qui n'est pas le cas à l'heure actuelle. Leur intimité, leur vie privée, leur foi doit aussi être respectée. Il existe d'ailleurs des mouvements d'évangélisation de personnes handicapées.
D'une manière générale, les associations de parents de personnes handicapées appellent aussi ces personnes handicapées à s'exprimer haut et fort et prendre leur vie en main. Car elles auront d'autant plus de reconnaissance qu'elles sauront se mobiliser et se rendre visibles aux yeux de la population.

 

Dans sa conclusion, le Père Isaïe, aumômier de l'hôpital des Petits Prés de Plaisir, nous a rappelé que l'on s'enrichit de la différence de l'autre et que c'est un regard d'amour que nous devons posé sur toute personne, handicapée ou non. Certes, les chrétiens ne sont pas les seuls à s'occuper de personnes handicapées mais c'est le visage du Christ qu'ils voient en elle.

Patricia Gérot.

 

Éducation, hébergement, travail, droits ... des personnes handicapées mentales : le site de l'ADAPEI


POUR EN SAVOIR PLUS :
l'interview de LEE Chang-dong, réalisateur du film (Entretien réalisé par Michel Ciment, Lorenzo Codelli et Hubert Niogret à Cannes en mai 2003)

Quand on aborde les personnages d'handicapés dans un film, il y a toujours un problème de représentation, car le cinéaste établit une relation avec le spectateur qui est très difficile à vivre.
Le film pose en fait deux problèmes: celui du fantasmé dont nous avons parlé, et celui de la communication. J'ai souhaité que le spectateur ait un rapport difficile avec les personnages. En général les héros des films pour le public sont très beaux et parfaits à tous égards. C'est en tout cas ce dont le public rêve. J'ai donc voulu créer des personnages que les spectateurs n 'aimeraient pas rencontrer dans la vie réelle ... Je les ai imaginés de façon qu'ils créent dans le public du malaise et de l'angoisse et que, malgré cela, progressivement, une communication s'établisse entre eux et les spectateurs. J'ai beaucoup parlé de cela avant le tournage, puis pendant toute sa durée, avec les comédiens. Je leur ai toujours demandé un style de jeu qui tienne à distance le spectateur, tout en souhaitant qu'à la fin, quelque chose se passe entre eux et le public. Cela créait chez eux une certaine perplexité, et j'étais moi-même conscient de cette ambiguïté.

Comment avez-vous choisi les deux comédiens, Sol Kyung-gu et Moon So-ri, déjà présents dans Peppermint Candy, pour interpréter les deux rôles principaux ?
Quand Sol Kyung-gu a joué dans Pepperrnint Candy, c'était son premier rôle important. Ensuite, il est devenu vedette. Il avait le sentiment d'avoir une dette envers moi, et souhaitait jouer dans mon prochain film, quel que soit le rôle. Quant à Moon So-ri, je pense qu'aucune autre actrice n'aurait pu interpréter ce personnage. J'étais sûr qu'elle accepterait, car j'ai une confiance absolue en elle. Le handicap essentiel de son personnage, Han Gong-ju n'est pas sa maladie, mais le fait qu'elle est laide. Le plus grand préjugé vis-à-vis des femmes, c'est la laideur. Dans notre société, on dit très facilement qu'il faut cornuniquer sans préjugés, et que compte avant tout la beauté intérieure, mais instinctivement, l'être humain éprouve des difficultés à affronter la laideur d'une femme. Quant au protagoniste masculin, Hong Jong-du, c'est quelqu'un qui est sans utilité dans la société, ne sert à rien et met les gens mal à l'aise. Il est l'incarnation de l'idée que j'ai de moi-même. Tout le monde le déteste et veut l'éviter. Très modestement, je dirais que c'est moi !

À plusieurs moments du film, la jeune femme apparaît telle qu'elle est rêvée, belle, attirante. Parfois, son apparition est une surprise. D'autres fois, elle se transforme devant la caméra. À quel moment de l'élaboration du scénario avez-vous pensé à montrer une image idéalisée du personnage ?
J'y ai pensé avant même de commencer à écrire le scénario. C'est un film qui veut montrer la limite entre la réalité et le fantasme. Quand par exemple nous regardons Nicole Kidman sur un écran, nous ne faisons pas la différence entre la comédienne et le personnage qu'elle incarne. Je voulais, par contre que le spectateur hésite constamment, se tienne pour ainsi dire à la frontière entre la vie réelle et imaginaire. Cela peut être inconfortable et émotionnellement éprouvant, mais si nous voulons vraiment communiquer les uns avec les autres, comment pourrions-nous nous y soustraire ? Quand la jeune femme, Hong Jong-du. est magnifiée, le spectateur se rend compte qu'on est passé de la réalité au fantasme, mais en même temps, son besoin d'imaginaire est satisfait.

Oasis est aussi une critique sociale aiguë, avec cette famille qui refuse la différence. Bien que la société coréenne considère la famille comme très importante, fidèle en cela à la philosophie confucéenne, il y a, là encore, des contradictions. Par exemple, beaucoup d'enfants sont adoptés, en particulier à l'étranger; parce qu'ils ont été abandonnés par leurs parents. Ainsi on peut voir; dans la photo de famille, qu'un des personnages est délibérément effacé.

[Prendre des risques], n'est-ce pas ce que vous avez fait on tournant Oasis ? Un tel sujet, sur des handicapés, semble au départ très difficile à produire dans un cadre commercial.
Il en va chez nous comme dans les autres pays, quand il s'agit de traiter un sujet pareil. Lorsque ai parlé de mon projet, tout le monde était contre: ils craignaient que personne n'aille voir sur l'écran des personnages qu'on n'aimerait pas rencontrer dans la réalité. Mais les difficultés pour arriver à tourner ce film m'ont stimulé, au contraire, et retrouver dans Oasis le malaise que chacun ressent dans la vie fut l'une des raisons de l'entreprendre. Beaucoup de gens autour de moi m'ont considéré comme un pervers. Le producteur, par contre, a accepté tout de suite, mais le problème a été de convaincre les investisseurs. Cependant même ces derniers avaient quelque part l'espoir que nous allions réussir. Il y a une scène où le protagoniste se retrouve dans la voiture de police, et où un policier lui crie "Tu es pervers ! Tu es pervers !". Je pense que les réalisateurs devraient être préparés à recevoir ce genre de mise en question de la part du public. Sans quoi le cinéma ne connaîtrait jamais de diversité. Cela n'a d'ailleurs pas empêché le film d'avoir environ un million de spectateurs dans mon pays !

Des adresses :

Union nationale des associations de parents et amis de personnes handicapées mentales (UNAPEI) 15, rue Coysevox - 75876 Paris Cédex 18
Tél. : 01 44 85 50 50 - Fax : 01 44 85 50 60
Email : public@unapei.org
http://www .unapei.org

Association départementale des Yvelines des parents et amis des personnes handicapées mentales (ADAPEI 78)
5, Petite Place - 78000 Versailles
Tél. / Fax : 01 39 51 19 27
Email : adapei.78@wanadoo.fr
http://www.adapei78.com

Intégration scolaire & Partenariat
9, rue des églantiers - 17000 La Rochelle
él. : 05 46 34 38 41
http://scolaritepartenariat.chez.tiscali.fr/page01.htm

Handiscol - Centre National d'études et de formation pour l'enfance inadaptée
58, avenue des Landes - 92150 Suresnes
Tél : 0801 55 55 01

Fraternité des personnes malades et handicapées (physiques)
FCPMH - Mr Pierre Daioncini 15, rue du Dr Audigier - 78150 Le Chesnay
Mouvement d'évangélisation des malades par les malades.

Office chrétien des personnes handicapées
90, rue de Suffren - 75738 Paris Cédex 15
Tél : 01 53 69 44 30 - Fax : 01 40 65 04 48
http://www.och.asso.fr

DES LIVRES :

Pour les adultes :
Vivre avec un enfant différent de Pauline Restoux (pour Handicap International) - Ed Marabout. Comprendre votre enfant handicapé de Valérie Sinason - Ed Albin Michel.
L'enfant différent : accepter un enfant handicapé de Maurice Ringler - Ed Dunod.
Prendre en charge à domicile l'enfant handicapé de Daniel Terral - Ed Dunod.
Guide de l'intégration scolaire de l'enfant et de l'adolescent handicapé de Catherine Cousergue - Ed Dunod.
Intégration collective des jeunes enfants handicapés de Cécile Herrou et Simone Korff-Sausse - Ed Erès.
Construction de soi et handicap mental de Gérard Zribi et Jacques Sarfaty - Ed ENSP (école nationale de santé publique : http://editions.ensp.fr).
Droits des personnes en situation de handicap - Publication du guide Néret - Ed CTNERHI (Editions Lamarre : 1, avenue E. Belin 92 058 Rueil Malmaison Cédex).
Pour accompagner la prière des personnes malades : guide pour aider à vivre un temps de prière avec des personnes malades, âgées ou handicapées, à domicile ou en établissement de soin de Jean-Marie Humeau et Michèle Langlais - Ed du signe.
Résister ou disparaître : vivre le handicap au quotidien de Nicole Ruchti-Allemann - Ed d'en bas. (handicap physique)

Pour les enfants :
Joséphine à la piscine de Laurence Lecerf et Maryse Guittet - Ed Milan (+3 ans) :
un album qui traite tout en délicatesse du handicap physique.

Alex est handicapé de Dominique De St Mars et Serge Bloch - Ed Calligramm (+4 ans).

Une petite sœur particulière de Claude Heft et Madeleine Brunelet - Ed Actes Sud Junior (+6ans) : un livre pour toute la famille pour accueillir un enfant trisomique et le voir grandir.

Mission Mystère ! de Jean Molla et Marie Kyprianou - Ed Lito (+6 ans) :
une enquête policière pour parler du handicap mental et de son acceptation.

Qu'est-ce qu'il a : le handicap de Vanessa Rubio et Nathalie Fortier - Ed Autrement jeunesse (+9 ans) :
accepter l'autre en remettant en cause l'idée de la normalité et l'aider, le sujet du handicap abordé dans son ensemble.

Handicap : le guide de l'autonomie de Sylvie Allemand-Baussier et Brunor (+13 ans) - Ed de la Martinière jeunesse :
guide destiné aux ados handicapés sur les grands thèmes de l'adolescence.

DES FILMS

Rain Man de Barry Levinson (en vidéo).
Les retrouvailles de deux frères, adultes, dont l'aîné est autiste…
Fratrie et handicap, jalousie, place de l'enfant non handicapé : un film émouvant mais jamais triste sur un sujet difficile.

Le Huitième Jour de Jaco Van Dormael(en vidéo).
La rencontre entre un cadre dynamique mais solitaire et un trisomique à la recherche de sa maman : celui qui a le plus à apprendre de l'autre n'est pas celui qu'on croit.
Un regard très juste et très humain porté sur les personnes atteintes de trisomie et à la clé, une double Palme d'Or à Cannes pour les deux interprètes masculins.

Le Monde de Nemo des studios Disney-Pixar.
Comment démontrer à son papa que l'on est devenu grand quand on est un petit poisson avec une nageoire atrophiée … Malgré son handicap Némo deviendra le héros de son aquarium et transformera son papa !

Dumbo de Walt Disney (en vidéo) :
Comment un petit éléphanteau aux trop grandes oreilles devint l'éléphant le plus célèbre du monde.

Visite de l'IME René Fontaine

L'IME René Fontaine accueille 30 enfants de 12 à 20 ans, déficients intellectuels légers ou moyens, avec ou sans troubles associés. Ces enfants viennent des villes environnantes : Trappes, Elancourt, ... Les Clayes évidemment. Ils arrivent dans cet établissement sur proposition de la Commission Département d'Education Spécialisée (CDES), après avoir commencé leur scolarité dans un milieu scolaire ordinaire (primaire puis collège SEGPA) ou déjà dans un établissement spécialisé (IMP).
Le projet de cet établissement est d'amener les jeunes vers le monde du travail.

Pour atteindre cet objectif, les enfants sont répartis en trois unités pédagogiques (UE) :
- l'UE1 : unité d'accueil, à laquelle appartiennent tous les enfants qui arrivent dans l'établissement. C'est un temps d'adapation, de découverte de la vie dans l'IME, de préparation de son projet professionnel. Il dure plusieurs années, en fonction de l'âge et de la maturité de l'enfant.
- l'UE2 : les jeunes de cette unité sont destinés à intégrer le monde du travail ordinaire. Ils préparent le Certificat de Formation Générale (CFG), diplôme de fin de 3ème de collège SEGPA (de niveau scolaire proche de celui du CM2) et font de nombreux stages en entreprises.
- l'UE3 : les jeunes y sont préparés au travail en milieu protégé : les CAT (Centre d'Aide par le Travail).

Mais pratiquement les enfants ne vivent en unités pédagogiques que deux fois dans la semaine :
- le lundi matin, temps de parole très important pour faire la transition avec le week-end, retrouver ses marques après deux jours en famille qui sont difficiles pour certains enfants, reprendre contact avec l'IME quand on a passé plusieurs jours en stage ...
- le vendredi matin, nouveau temps de parole, pour faire le bilan de la semaine et préparer le week-end à la maison.
Le reste du temps leur emploi du temps est personnalisé, défini chaque année par le jeune, en accord avec ses parents et ses éducateurs. Un emploi du temps où sont répartis les temps scolaires (4 à 5 h par semaine), les temps paramédicaux (orthophoniste, psychologue, psychomotricienne), les temps d'ateliers techniques (repassage, couture pour les filles et menuiserie, bricolage, espaces verts pour les garçons) et des activités d'éveil : sport, arts plastiques, chant, cinéma, jeux de société ...

Dans l'atelier menuiserie, bricolage, les jeunes travaillent pour l'établissement : peinture des radiateurs, confection des portes de l'établissement ... mais réalisent aussi des objets particuliers (tabouret tressé, harpe de porte, pèse-lettres ...) qui leur demandent beaucoup de concentration, d'application et de persévérance. Ils sont responsables de la conception de l'objet sur le papier, avec prise des mesures, dessin ... puis de sa réalisation concrète. C'est ainsi l'occasion d'appliquer les notions qu'ils ont apprises en classe : les unités de longueurs, le parallélisme, etc., ce qui ne va pas sans difficultés.

L'une des grandes préoccupations d'Alain, l'éducateur technique spécialisé responsable de l'atelier, c'est la sécurité des jeunes lorsqu'ils travaillent avec leurs outils ou sur des machines plus sophistiquées. Grâce à son affichage efficace, aucun accident n'a jamais été déploré !


L'atelier couture repassage est aussi un atelier très professionnel : on y utilise une repasseuse industrielle, des centrales vapeur, des machines à coudre ... Les filles sont responsables de l'entretien du linge de l'IME mais aussi du repassage du linge des particuliers, qui peuvent moyennant paiement venir faire repasser leur linge. Actuellement, 5-6 clients extérieurs permettent aux filles de financer leurs achats de tissus, ou T-shirts pour se fabriquer des vêtements ou des petits cadeaux personnalisés, pour manger au restaurant lorsqu'elles vont en sortie à Paris avec Chantal, leur éducatrice technique ... Eh oui, à l'IME aussi, on sait profiter de la vie !

Pour complèter cette formation professionnelle, les enfants font de nombreux stages en entreprises, dans les services d'espaces verts, les collectivités, ... Ils visitent aussi régulièrement des entreprises.
Mais il y a une autre facette à l'intégration du monde du travail : c'est l'autonomie dans les transports. Une éducatrice, Delphine, est spécialement chargée tous les mardis de l'apprentissage de cette autonomie. Pour ceux qui savent lire et écrire, ce sera dans les trains et les bus. Pour ceux qui ne savent pas lire, ce sera uniquement dans les bus. L'acquisition de l'autonomie dans les transports fait partie du projet d'établissement, elle devient indispensable lorsque les plus de 16 ans partent en stage et pour ceux qui voudront intéger les CAT, car être autonomes pour venir travailler fait partie de leurs obligations.

L'IME bénéficie aussi de la présence d'une assistante sociale qui intervient lors de l'orientation des jeunes après l'IME, qui participe à la recherche de stages et qui aide les familles à faire valoir leurs droits. Une psychiatre intervient aussi une demie journée par semaine mais dans un rôle "administratif" : interface avec les médecins généralistes, visites d'admission des nouveaux élèves ...

Une fois par semaine toute l'équipe éducative se retrouve pour faire le point sur un enfant en particulier. C'est aussi l'occasion d'évoquer les difficultés ou les questions rencontrées dans la semaine et de partager l'expérience de chacun avec les jeunes.

Dans cet établissement, on n'aide pas seulement ces jeunes à trouver une place dans le monde du travail. On les aide aussi à trouver leur place dans la société, à regarder en face leur handicap, avec les limites qu'il leur impose mais en valorisant au maximum toutes leurs capacités et leur personnalité.
Et malgré leur handicap, ce sont aussi des adolescents qui ont une vie d'ado : musique, sorties, histoires de coeur ... et qui se questionnent sur leur avenir. Il faut parfois les accompagner dans cette découverte d'eux-mêmes. Car tous n'ont pas la chance d'avoir une famille attentive et bienveillante.

Je remercie très sincèrement tout le personnel de l'IME et les jeunes de m'avoir accueillie si chaleureusement dans leur établissement et de m'avoir permis de les rencontrer et de discuter avec eux si librement.

Patricia Gérot

Visite du Foyer Camille Claudel à Villepreux

Le foyer Camille Claudel accueille, depuis janvier 2003, 60 adultes handicapés mentaux de plus de 40 ans. Quinze ont encore une activité professionnelle en CAT, les autres sont à la retraite, un quart des pensionnaires est atteint de trisomies.

Ce foyer répond à une nécessité nouvelle mais impérieuse car l'espérance de vie des personnes handicapées mentales augmente aujourd'hui, à l'image du reste de la société. Alors qu'il y a quarante ans les jeunes trisomiques ne pouvaient espérer vivre plus de 20 ans, aujourd'hui ils dépassent souvent 60 ans, se retrouvant donc viellissants et n'ayant plus leurs parents. Le foyer Camille Claudel a d'ailleurs été créé à l'initiative de l'association La Thébaïde, qui comprend entre autres de nombreux parents de personnes handicapées mentales pour trouver une solution aux problèmes des adultes handicapés mentaux vieillants.

Si ces adultes ont aujourd'hui une plus longue espérance de vie, il n'en reste pas moins que leur état de santé tant intellectuel que physique décline rapidement à partir de 40-45 ans, et ce d'autant plus lorsqu'ils cessent de travailler. D'où la nécessité de leur trouver une structure adaptée. Toutefois cet établissement n'a pas de reconnaissance médicale : il ne peut proposer pour l'instant d'accueil médicalisé pour les personnes dans la dernière partie de leur vie. (Ce que fait, par exemple, l'hôpital des Petits Prés).
L'objectif du foyer est donc le maintien de la stimulation pour préserver le plus longtemps possible les acquis tant intellectuels que relatifs à l'autonomie, l'accompagnement et l'acceptation de la fin de carrière, pas toujours bien vécue, et éventuellement l'apprentissage de la séparation d'avec les parents pour ceux qui n'auraient pas encore vécu en foyer. Ce foyer doit devenir leur maison, où ils ont chacun une chambre qu'ils peuvent meubler à leur goût. On leur apprend qu'ils y sont des adultes presque comme les autres, et donc qu'ils doivent apprendre à vivre sans leurs parents et se comporter comme des adultes. Les parents sont d'ailleurs parfois surpris de découvrir toutes les capacités que développent ici leurs enfants et ils sont ensuite rassurés sur l'avenir de leur enfant. Certains disent qu'ils peuvent enfin penser à leur propre mort ...

La journée se déroule selon un emploi du temps bien établi :

- pour ceux qui travaillent :
réveil, habillage et petit déjeuner à 7 h30. Ils partent ensuite pour leur journée de travail au CAT jusqu'à 16 h15. En rentrant, goûter partagé avec les autres pensionnaires puis temps libre. A 19 h : repas et soirée libre, avec une veillée proposée tous les soirs.
- pour ceux qui ne travaillent pas, le petit déjeuner est plus tardif, et à partir de 10 h des activités sont organisées, qu'ils choisissent librement. Le repas de midi est suivi d'un temps de repos et à 15 h les activités reprennent jusqu'au goûter, où ils rejoignent les autres résidents.

Le week-end, les horaires des repas sont un peu décalés et des activités sont aussi proposées. Certains rentrent dans leur famille.
Pendant les vacances, ils peuvent aussi partir avec des organismes spécialisés.


Les activités proposées sont extrêment nombreuses et variées : travaux manuels, préparations de cadeaux pour les fêtes, danse, esthétique, travail du bois, fabrication d'un journal, sport, théâtre, visites culturelles, sorties détentes, shopping ... Et comme durant le reste de la journée, les résidents y sont très encadrés : 1 éducateur pour 6 adultes en moyenne.

L'épanouissement socio-culturel de chacun et le maintien des relations sociales font aussi partie des objectifs du foyer. Par exemple, la participation aux affaires de la ville et aux festivités organisées par la ville de Villepreux. A l'occasion de la dernière fête communale dont le thème était "L'Asie", un magnifique dragon a d'ailleurs été réalisé !

Pour que la vie en collectivité soit la plus agréable possible, des règles strictes ont été établies : pas d'alcool, pas de cigarettes dans les locaux, respect des autres et du travail des autres, à 23 h chacun doit regagner sa chambre. Mais c'est aussi et surtout sur la confiance entre professionnels et adultes handicapés que sont bâties les relations : ils sont responsabilisés et autonomes par la confiance qui leur est accordée.
L'établissement est mixte : professionnels et association responsable de l'établissement réflechissent donc à la place qu'ils laisseraient aux éventuelles histoires d'amour et à la sexualité. Ici, comme partout ailleurs des relations se créent et se vivent avec amour. Les couples sont acceptés à condition qu'ils se construisent sur la durée et qu'ils respectent les autres. C'est-à-dire qu'ils n'aient pas de gestes déplacés en public et qu'ils partagent les temps forts de la collectivité, ceci également dans le respect de la Charte des Personnes Accueillies. Il n'y a pas de chambre de couple, contrairement à certains autres établissements. Par contre, le foyer informe régulièrement ses résidents sur les risques de la sexualité : grossesses, MST ...

Je remercie très chaleureusement Mme Nathalie Chassagnou, directrice de cet établissement pour avoir répondu si longuement à mes questions et parler avec passion de son métier difficile mais combien enrichissant..

Patricia Gérot.
 

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