HOMELIE DE PAUL GUERIN POUR LES OBSEQUES DE MARC BONENFANT

2 septembre 2005

 

 

« Maintenant notre marche prend fin devant tes portes Jérusalem. » Tu peux poser le sac, Marc. Et nous, nous pensons à toi avec amour et avec humour, comme tu nous l'as demandé. Etre joyeux, c'est un peu difficile. Mais sourire, même au sein de notre peine, c'est possible grâce à Dieu qui nous donne espérance et grâce à toi qui es parti là où tu voulais aller. Il y a 15 ans, quand tu es parti, - à cet âge - vers la Jérusalem terrestre, j'ai deviné que tu étais un doux entêté. Ensuite cette intuition est devenue une évidence: ce que tu voulais faire, tu arrivais à le faire, ou à le faire faire...

 

Tu nous as quitté, comme les enfants nous quittent pour vivre leur vie. Ta vie fut d'être avec Jésus Christ et de marcher avec lui, après lui. Tu as marché sur bien des sentiers et bien des chemins où des brebis de Dieu s'étaient égarées, tu étais là au cas où elles auraient envie de retrouver leur chemin à elles, celui d'une vraie liberté dans un amour authentique. Tu as beaucoup bougé, et tu ne m'as jamais donné l'impression d'avoir la bougeotte. Au contraire. Tu étais d'abord l'homme de l'attente, de la veille silencieuse, l'homme des rendez vous avec le Maître intérieur. Et ces derniers temps, tu n'étais plus que cela, à temps complet : le serviteur, l'ami qui attend derrière la porte la venue du Bien Aimé.

 

Toi le lecteur continuel de l'Evangile tu avais contemplé le Christ sans cesse sur les routes des hommes et sans cesse préoccupé de retrouver le Père dans le silence de la nuit. Tu nous as donné un beau témoignage d'un pasteur qui veut d'abord être un croyant, un actif qui est d'abord un méditant, un marcheur qui sait s'asseoir et écouter le vent, la brise légère qui annonce la venue de Dieu.

 

Ton idéal spirituel: « devenir comme des enfants » « Ce qui te préoccupe Dieu s'en occupe. » Il me semble que tu as reçu cette grâce de l'enfance émerveillée. Voir d'abord le bon côté des choses, à commencer par là, par le positif: « J'ai eu 79 ans de bonne santé... » D'ailleurs tu avais aussi le travers des enfants, leur façon un peu abrupte de demander ce qu'ils veulent ( ton ingéniosité à demander si tu dérangeais à 6 h 30 du matin...)

 

« Vous n'entrerez pas dans le Royaume » Pas une menace le constat d'une impossibilité. Etre comme le Fils n'existant que par grâce, acceptant de tout recevoir du Père, être dépendant de Dieu - librement dépendant - reflets de sa grâce, c'est la condition pour connaître la richesse inimaginable du Royaume. Pour connaître son amour, il faut l'accueillir de tout son être. Pour savoir à quel point Dieu est Père, il faut lui devenir tout entier disponible, comme un enfant est disponible à la tendresse.

Dieu va parfaire cela en toi par le mystère de ta mort en Jésus Christ. Tu meurs en Jésus, Jésus vit ta mort pour en faire une offrande parfaite, l'abandon complet entre les mains du Père. Il va accomplir la parole de ton baptême « Tu es celui en qui j'ai mis tout mon amour. » « Paix sur toi Marc, dans la demeure du Très Haut, bonheur pour toi dans les murs de la cité Sainte. Tous ici nous prions pour ton bien.